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Fév 23

Kadhafi, quitter à temps ?

Kadhafi départ

Kadhafi départ

Comme beaucoup, j’ai entendu la déclaration du colonel Kadhafi de ce mardi 22 février 2011 dans lequel il dit qu’il ne quittera pas le pouvoir, et qu’il luttera jusqu’à la dernière goutte de son sang. Mais est-ce bien raisonnable ? Et n’aurait-il pas mieux valu quitter le pouvoir ? Maintenant et plutôt même avant ?

D’abord, je reconnais que je n’avais jamais fait attention chez cet homme à cette volonté farouche d’accéder et de rester au pouvoir. Oui, je comme beaucoup je pense, j’ai été surtout marqué par l’apparente gentillesse et candeur du bonhomme. Bien sûr, c’était de la comédie. Tout comme quand il y déjà longtemps maintenant, nous voyons les vidéos de Ben Laden, il paraissait être un gourou, un sage suivi par des adeptes. Pas un terroriste.

Bref, la seule chose qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille c’est de voir qu’il reste depuis des années et des années au pouvoir. Que dis-je, des décennies ! Et s’il a pu rester au pouvoir aussi longtemps que çà, il devait avoir une volonté farouche. Et aussi sûrement une intelligence hors pair. Et puis c’est tout.

Mais, c’est là que malgré tout, son intelligence à mon sens a atteint ses limites. Maintenant, il est lâché par ses proches. Certains de ses proches qui devraient être des hommes de confiance. Par exemple, son ministre de l’intérieur qui vient de démissionner. Les rats quittent le navire. Les gros rats même.

Kadhafi, tout comme Ben Ali, tout comme Moubarak aurait dû quitter ce pouvoir depuis longtemps. Bien sûr, le pouvoir, c’est comme le jeu au casino. Tant qu’on gagne, on n’a pas envie de s’arrêter. Aujourd’hui aussi, tous les pays lâchent le guide. Tout le monde sait qu’il vaut mieux ne plus miser sur lui. Il est fini. Il est isolé. Même s’il réinstalle la dictature, s’il fortifie sa dictature, cela n’y changera plus rien. C’est trop tard, c’était trop tard il y a quelque temps déjà.

Tout chef d’état, tout homme de pouvoir et surtout tout dictateur doit penser au moment où il devra partir. Dès le début, il faut qu’il y pense. Dès le début il faut qu’il pense à la façon avec laquelle il sortira de la scène. Les pieds devant ou debout ? Et dans l’un ou l’autre des cas, dans quelles circonstances ? Avec quel cinéma ?

Je reconnais qu’un homme de pouvoir, et à plus forte raison un dictateur ne pense pas çà quand il accède à ce fameux pouvoir tant chéri, tant espéré. Oui, il a d’autres chats à fouetter au début.

D’abord, comment accéder à ce pouvoir ? Comment faire son coup d’état ? Ensuite, en ayant réussi ce coup d’état, comment donner à cette accession au pouvoir des atours d’une révolution populaire ? Ou celle d’un « président démocratiquement élu » ? Comment obtenir la reconnaissance internationale, surtout obtenir l’appui, ou du moins éviter l’hostilité de pays puissants ? Tout çà, c’est déjà de la haute voltige.

Ensuite, comment se stabiliser au pouvoir. Comment se débarrasser de ses « anciens » compagnons de lutte, qui il n’y a pas si longtemps que çà ont contribué au péril de leurs vies souvent à l’accession du « guide » au pouvoir ? Oui, tout çà ce sont des questions, des sujets cruciaux. Et qui ne tolèrent pas d’erreurs.

Puis, comment mettre en place une nouvelle « administration » ? Comment y placer de nouveaux amis, sa famille, ses (nouveaux) proches ? Comment détecter ceux qui seront à la fois compétents pour gérer le régime mais insuffisamment couillus pour qu’ils ne fassent pas eux non plus un coup d’état à leur tour ?

Et encore, comment consolider le nouvel état ? Comment faire pour mettre en place un système constitutionnel pour que le nouveau chef d’état « aimé de son peuple » puisse rester au pouvoir longtemps. Comment faire que le nouveau chef d’état que l’on est devienne roi de droit divin ? C’est à dire un roi pour lequel tout son pays est devenu sa propriété privée ? Un roi qui donne tout à son peuple ? Et quand je dis tout, c’est tout, comme Dieu le ferait ? Toutes façons, il n’y a pas de problèmes métaphysiques à se faire, ce peuple, c’est son peuple !

Et comme roi de droit divin, eh bien, à sa disparition, sachant qu’il est peut-être éternel :-D, donner le pouvoir à son fils.

Et puis voilà. Les dictateurs pensent qu’ils sont éternels. Ils pensent qu’ils auront toujours l’age de leur accession au pouvoir. Ils pensent que l’usure du pouvoir n’existe pas. Ils pensent, comme beaucoup d’occidentaux qu’ils pourront inventer ou utiliser des médicaments de jouvence efficaces.

Les dictateurs ne pensent pas au moment où ils devront partir. Pourtant ils devront partir, les pieds devant ou debout, c’est inéluctable. Inéluctable.

Et même s’ils se disent, la rage au cœur qu’ils ne partiront qu’à leur mort, ceci nécessite une organisation. Faut-il partir les pieds devant mais avec sa tête encore [éloignez les enfants svp] liée à son corps ? Ou alors, partir les pieds devant, après que sa tête aie roulé par terre ? Partir au paradis, j’espère comme un détesté de son peuple qui se dit « bon débarras vraiment » ou pleuré par son bon peuple ?

Bref, dictateurs, hommes d’état préparez dès le début votre départ. Organisez le. Sinon, vous allez, c’est une évidence mal terminer !

Et d’ailleurs, ceci est aussi valable même pour les responsables politiques d’un niveau moins élevé que chef d’état. Et je pense que ceci est tout à fait aussi valable pour les responsables en entreprise. Et les responsables de tout groupe humain. Quel que soit le groupe. Même un responsable familial.




PS : Vous souvenez vous aussi de cet article ?

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